L'horloge matinale sonne une heure, puis deux.
La brume de l'obscurité enveloppe de ses vapeurs la ville silencieuse. La lune argenté illumine la cime des arbres qui se balancent lentement. Les maisons, éclairées par les rayons nacrés, parraissent effrayantes. Et sous cette clarté, s'éveille un petit ange. Par des gestes gracieux, il s'étire.
Il détend une aile, puis deux,
regarde par la fenètre les gens qui passent. Des hommes et des femmes se tiennent par la main, s'arrètent de temps à autre pour se donner un baiser et enfin disparaissent dans le manteau de la nuit. Les couples rendent malheureux le personnage venu du ciel. Il ne connait plus l'amour.
Sur sa joue coule une larme, puis deux.
Il songe à toutes les joies trop vite consumées; repense à tous les malheurs trop longtemps vécus. Il ouvre la vitre, laissant s'engouffrer une brise légère. Elle lui caresse la peau, empourprant son pâle visage. Les branches s'agitent doucement dans une danse pathétique.
Le petit ange ferme une paupière, puis deux.
Il s'engourdit d'une tristesse aveuglante. Pourquoi n'a-t-il pas lui aussi le droit d'aimer ? Après tout, il avait été humain auparavant. Mais depuis qu'il est ange, ce sentiment lui est interdit. Il lève la tête, observe le firmament. Là-haut, une étoile brille pour lui.
Il fait une prière, puis deux.
Le faire revenir dans ce monde mortel est un suplice. La colère en son coeur gronde à présent. Il jure sur le dieu qui l'envoi sur terre. Mais d'une oreille perfide, le maître entend tout. Cruel et sans âme, il fit de l'être ailé, un ange déchu.
Il lui avait laissé une chance, pas deux.